Infos Pédago

Juin 2005


Edito

Les plus anciens d'entre nous s'en souviennent sans doute avec nostalgie. Il fut un temps, que les moins de trente ans ne peuvent évidemment pas connaître, où l'on croisait le fer dans nos établissements autour de la rénovation pédagogique du BTA. Le renouvellement des pratiques pédagogiques et la réussite des élèves interrogeaient et nourrissaient alors les débats passionnés des enseignants.

Que reste-t-il aujourd'hui de ces aspirations pédagogiques à entreprendre, à construire, à innover, à partager ? Que reste-t-il aujourd'hui de ce modèle pédagogique étranglé par un pilotage financier conduit dans le plus parfait mépris de l'ensemble des acteurs de l'Enseignement Agricole ?

Un système qui ne se régénère plus est condamné à disparaître. Il devient urgent que chacun d'entre nous se réapproprie l'outil pédagogique qui fonde notre métier et notre engagement.

Cet Infos Pédago, nous l'espérons, y contribuera.

André Blanchard
Secrétaire général adjoint Pédago


Sommaire


4ème/3ème de l'Enseignement Agricole :
des confusions et des reculs !

Les projets de référentiels des classes de 4ème et 3ème de l'Enseignement Agricole ont été présentés pour avis au dernier CTPC-DGER du 26 mai 2005. Avant d'entrer dans le débat, le SNETAP-FSU a fait deux observations préalables :

D'une part, nous avons dénoncé la précipitation avec laquelle la DGER a, encore une fois, conduit ce dossier. En effet, les projets ont été soumis à la consultation des équipes pédagogiques du 7 au 28 avril 2005 alors que les vacances de printemps de la zone B s'étalaient du 9 au 24 avril. Autant dire que les équipes pédagogiques de cette zone n'ont pas été en mesure d'apporter leurs observations.

Ensuite, nous avons rappelé qu'actuellement il n'existe pas d'instance dans notre ministère où peuvent être réellement débattus en amont les contenus des diplômes qui ne relèvent pas de la formation professionnelle puisque ce n'est pas dans le cadre formel d'un CTPC ou d'un CNEA que les questions de fond relatives à la pédagogie peuvent être traitées.

Sur les projets de référentiels eux-mêmes, nous avons fait part des craintes exprimées par de nombreux collègues d'avoir à traiter des programmes plus ambitieux, notamment dans les disciplines générales, pour des publics dont on peut penser qu'ils seront globalement les mêmes, et alors même que la nouvelle organisation de ces classes ne prévoit pas de dispositifs supplémentaires (dédoublements, soutien…) pour compenser cet écart avec les nouveaux programmes.

Cette difficulté majeure conforte a posteriori l'analyse que notre organisation syndicale faisait en juillet 2004 quand les arrêtés ministériels créant ces classes nous avaient été présentés.

Nous avions alors interpellé la DGER sur l'ambiguïté de la dénomination de ces classes : en les baptisant 4ème et 3ème « de » l'Enseignement Agricole, elle prenait le risque de les voir perçues par les familles et les élèves comme des classes de relégation, dont les programmes seraient distincts des 4ème et des 3ème de collège de l'EN, ce qui n'est pas le cas.

Cette ambiguïté risque bien d'ailleurs de ne pas être levée puisque la page de présentation du référentiel affirme : « ce choix d'orientation (en 4ème de l'Enseignement Agricole) dont l'objet principal est de réconcilier l'élève avec l'école… ».

Aurait-on fait le choix définitif de n'accueillir dans l'Enseignement Agricole que des « élèves en rupture avec le système scolaire classique » ? Si tel est le choix politique et éducatif du Ministère de l'Agriculture – très contestable à nos yeux -, pourquoi ne renforce-t-on pas les dédoublements dans les matières générales (Français, Maths, ESC…) et comment peut-on justifier l'absence de tout dédoublement en Histoire-Géographie ? Et puisque la DGER semble avoir pris les référentiels des 4èmes et 3èmes préparatoires comme modèle comment peut-elle justifier seulement 256 heures dédoublées alors que les référentiels des 4ème et 3ème préparatoires en prévoyaient 475 ?

Nous avons également pointé dans la première page de présentation du référentiel la confusion entretenue dans la rédaction entre « l'aide individualisée » et le « suivi individualisé ».

En réalité, la DGER s'est contentée d'un mauvais « copié-collé » à partir du référentiel des 4ème et 3ème PPP. L'« aide individualisée » qui correspondait aux heures de soutien dans les référentiels des 4ème et 3ème PPP relève maintenant dans les nouveaux référentiels de 4ème et 3ème de l'EA des dispositifs prévus par la nouvelle loi d'orientation pour l'Ecole (Loi Fillon) et se décline en PPRE (Projet Personnalisé de Réussite Educative) faisant l'objet de dotations financières spécifiques.

Pour l'instant, le décret d'application concernant la mise en œuvre de ces PPRE n'est pas sorti. Cette « aide individualisée » ne peut donc pas être confondue avec le soutien traditionnel ; or dans la grille horaire qui accompagne le référentiel, les heures de soutien apparaissent justement sous l'appellation d' « aide individualisée » … !

Concernant ces heures de soutien, nous sommes d'ailleurs intervenus avec fermeté pendant ce CTPC-DGER pour qu'elles apparaissent clairement dans la grille horaire, puisque la DGER s'était engagée lors de la négociation sur le projet d'harmonisation des grilles horaires pour les maintenir dans les classes de CAPA, de 4ème et de 3ème.

Dans le document de travail qui nous était présenté, ces heures de soutien - mais aussi les heures de vie de classe et les heures de stages collectifs - avaient disparu… Reconnaissant son « erreur », la DGER les a fait réapparaître dans la grille horaire.

Une même confusion entoure la question du « suivi individualisé ». La définition de ce suivi individualisé reprend quasiment mot pour mot ce qu'indiquait le référentiel des classes de 4ème et 3ème Préparatoires à Projet Professionnel.

On peut s'étonner d'ailleurs que ce dernier référentiel serve de modèle à celui des 4ème et 3ème de l'Enseignement Agricole alors que la DGER n'a cessé de clamer que ces nouvelles classes seraient de vraies 4ème et 3ème de collège.

Mais la confusion profite naturellement à ceux qui l'entretiennent : car si les référentiels de 4ème et 3ème Préparatoire à Projet Professionnel prévoyaient 120h de potentiel horaire pour assurer le suivi individualisé des élèves (suivi du projet professionnel et des semaines de stage), les grilles horaires des nouvelles classes de 4ème et 3ème de l'Enseignement Agricole ne prévoient plus que 4 heures.

Devons-nous en conclure que la DGER compte sur les ardeurs bénévoles des enseignants pour assurer ce « suivi individualisé » ? Quant aux heures de soutien, les nouvelles classes de 4ème n'en prévoient que 32 alors que les 4èmes préparatoires disposaient de 100 h !

Il va de soi que le SNETAP ne pouvait cautionner de tels reculs pédagogiques. Nous avons donc refusé d'approuver ces projets de référentiels.


Nouveau Bac Techno :
une note de cadrage très contestable

Nous avons pris connaissance de la note de cadrage proposée par la DGER pour le nouveau Bac Techno unique Agriculture-Alimentation-Environnement et Territoires qui doit être mis en œuvre à la rentrée 2006.

Outre des formulations imprécises, confuses, voire contradictoires, cette note de cadrage dessine des orientations très contestables. Ce nouveau bac technologique semble n'être pensé que pour resserrer l'orientation des élèves vers le BTSA au détriment des BTS et des DUT.

Concernant les poursuites d'études dans l'enseignement supérieur long, les classes post-BTS, post-BTSA et post-DUT ne sont même pas mentionnées.

La question du développement durable qui devrait être transversale dans la conception et l'architecture de la formation y est déconnectée par exemple de l'axe « agriculture, territoire et société ».

Les projets éducatifs réglementaires (stage Territoire et Développement, projet d'éducation pour la santé…) seraient intégrés dans les enseignements alors même que la note de cadrage affiche sa volonté de privilégier la pluridisciplinarité !

Concernant l'évaluation, la note préconise de limiter le nombre d'épreuves terminales ponctuelles alors que le précédent ministre de l'Education Nationale, François Fillon, a renoncé à sa réforme du Baccalauréat qui prévoyait justement de limiter les épreuves terminales au profit du CCF !

Enfin, cette note de cadrage sacrifie au dogme libéral : l'acquisition de connaissances disciplinaires est exclusivement subordonnée à l'acquisition de compétences. Or, que sait-on des compétences dont nos élèves auront besoin dans 20 ou 30 ans ?

On peut donc craindre que cette construction du référentiel exclusivement autour de compétences et de problématiques technologiques ne se fasse au détriment de certaines disciplines scientifiques comme les mathématiques ou la physique-chimie.

Si tel était le cas, l'accès de ces bacheliers technologiques dans les classes post-BTS ou dans les classes préparatoires Technologie-Biologie deviendrait quasiment impossible, faute d'une culture scientifique générale suffisante.


© Snetap-FSU 2005 - Page crée le mercredi 6 juillet, 2005 - Dernière mise à jour le mercredi 6 juillet, 2005 17:47